ETUDE CRITIQUE DES MANIPULATIONS VERTEBRALES

 

                                                                                                             J.B. Angot,  P. Béraud, Ph. Stora

 

____________________

 

 

 

Introduction

 

C'est la conjonction d'une augmentation notable de la pratique des thérapeutiques manuelles, toutes écoles confondues, et de l'exigence scientifique et éthique contemporaine qui amène les médecins, mais aussi les patients et la société, à poser la question de leur validité. Ce sujet n'a pas été abordé dans « les actualités rhumatologiques » depuis 1966 (14) où il avait été question des accidents des manipulations vertébrales (MV). Aujourd'hui, ce terme (MV) désigne un ensemble de techniques dont la base théorique hétérogène est plus ou moins claire. Les manipulations vertébrales sont utilisées de façon anarchique tant en ce qui concerne leur technique que leurs indications. Un certain nombre d'études récentes essaient de clarifier la situation actuelle.

 

 

1 - HISTORIQUE

 

Les manipulations vertébrales ont une longue histoire. Il en existe différents types, essentiellement : l’ostéopathie, la chiropraxie et les thérapeutiques manuelles médicales.

 

1.1 - L’Ostéopathie

 

Elle est pratiquée par des docteurs en ostéopathie (DO), reconnus aux USA et dans certains autres pays, mais pas en France. Leur études sont comparables en durée à celle des médecins (DM).

 

L’ostéopathie repose sur le postulat de A.T. Still, datant de plus d’un siècle, qui estime que nombre de maladies proviennent de déplacements vertébraux. L’auteur avançait que l’os déplacé pinçait une artère vertébrale privant de sang l’organe que celle-ci vascularisait et provoquait ainsi la maladie. Lorsqu’on lui a opposé une impossibilité anatomique, il modifia son hypothèse en parlant de compression nerveuse qui stoppait selon ses affirmations la transmission de la force vitale et provoquait ainsi l’affaiblissement de l’organe innervé.

 

Les ostéopathes palpent les articulations à la recherche d’une « restriction de mobilité » dans le jeu vertébral à partir de contractures musculaires. Leur but est de redonner une amplitude physiologique au jeu articulaire vertébral par des mobilisations forcées avec un grand bras de levier. Malheureusement, ils n’apportent aucune preuve à l’appui de leurs théories. Plus que les manipulations vertébrales en tant que telles, le corps médical n’accepte pas qu’elles puissent influencer l’évolution de maladies viscérales.

 

Aux USA le contenu des études ostéopathiques (DO) est devenu identique à celui des études médicales (DM). Il s’agit d’une spécialisation intervenant en fin d’études médicales Il existe donc dans ce pays un statut médical reconnu et légal pour la médecine ostéopathique.

 

En France, plusieurs écoles d’ostéopathie sont regroupées sous le nom de  « Collégiale Académique ». On dénombre environ 15 écoles ou Collèges délivrant un diplôme sur 6 années d’études à temps plein (5.000 heures) après le baccalauréat, ou à mi-temps (1.500 heures, 6 séminaires par an de 4 jours) pour les infirmiers, ergothérapeutes, dentistes, vétérinaires, sage-femmes, psychomotriciens, kinésithérapeutes ou médecins diplômés. Il existe une « Union Fédérale des Ostéopathes de France ». La pratique de l’ostéopathie en France n’est par reconnue et correspond à un exercice illégal de la médecine.

 

 

1.2. - La Chiropraxie.

 

Pratiquée par des docteurs en chiropraxie (DC), elle fut inventée 20 ans après l’otéopathie par un non médecin, D. Palmer, qui fonda à Davenport une école pour enseigner sa méthode (Palmer College of Chiropractic). Les actes des chiropracteurs sont reconnus et pratiqués dans les 50 états des États-Unis, et sont remboursés par les compagnies d'assurance.

 

Selon Palmer, la thérapeutique repose sur des réajustements d'une ou plusieurs vertèbres qui seraient déplacées et fixées en mauvaise position. Les mobilisations vertébrales sont réalisées avec un court bras de levier. Les chiropracteurs se mettent eux aussi dans la position d’être les héritiers de la pensée originale de Still. Ils revendiquent également le traitement des maladies viscérales.

 

La chiropraxie, même aux USA, est en conflit avec la médecine traditionnelle qui forme les DO et DM. Mais au terme d’une longue bataille juridique, en 1973, le Congrès Américain décida de reconnaître la chiropraxie (DC) comme troisème profession de santé légale. La plupart des écoles chiropractiques ont dû se plier aux normes exigées par l’administration américaine pour être accréditées. Toutefois, il reste encore du chemin à parcourir avant que les DC soient acceptés par les deux autres professions de santé.

 

En France, il n’existe pas d’école de chiropraxie.

 

1.3 - Les manipulations vertébrales médicales.

 

Aux Etats-Unis, tous les médecins interessés par cette discipline font partie d’une association unique « la North America Academy of Manual Medecine ».

 

En Allemagne, la plupart des médecins sont formés par l’école de Guttmann à Hamm. En Angleterre, ils sont formés par l’école de Cyriax.

 

En France la médecine traditionnelle s’est intéressée assez tardivement aux manipulations vertébrales. C’est à R. Lavezzarri que revient le mérite d’avoir ouvert la voie dès la fin de la seconde guerre mondiale par la première école d’enseignement des manipulations ostéo-articulaires. Il existe une cotation pour les MV par la sécurité sociale : K7, avec entente préalable pour 5 séances.

 

Dans les années 60, R. Maigne a créé un enseignement réservé aux médecins, basé sur la notion d’un dérangement inter-vertébral mineur (DIM) qui serait responsable d’une irritation de la branche postérieure des nerfs rachidiens.

 

Ces sub-luxations articulaires sont décelées par l’examen clinique guidé par la palpation du rachis, des muscles, des insertions tendineuses et des tissus mous. Cette cartographie des projections douloureuses selon les métamères permet de repérer la zone «dérangée» et de pratiquer la manipulation vertébrale selon les règles «de la non-douleur et du mouvement contraire». Ainsi furent codifiés l’examen clinique du rachis et le traitement par les manipulations vertébrales. De nombreuses Facultés de Médecine (Lyon, Marseille, Rennes, Tours, Strasbourg, etc…) dispensent cet enseignement : « Diplôme Inter-université de Médecine Manuelle (Ostéopathie) ». En France les kinésithérapeutes ont investi ce domaine thérapeutique. Leur situation juridique ne leur donne pourtant pas le droit d’utiliser les MV (arrêté ministériel de 1962).

 

2 - LES MANIPULATIONS VERTEBRALES DANS LE CONTEXTE MÉDICAL ET SOCIO-CULTUREL ACTUEL

 

 

2.1 - Elles s’intègrent dans le cadre des médecines dites alternatives. Il est intéressant de tenter d’évaluer leur impact par rapport à la médecine traditionnelle.

 

Einsenberg et Coll. (10) du Centre de Recherche et d'Education en Médecine Alternative ont fait, aux USA, 2 enquêtes sur ce sujet en 1990 et 1997. Elles portaient sur des échantillons respectivement de 1539 et 2055 adultes et comparaient les prévalences d'utilisation d'au moins l’une d’entre elles parmi un pool de 16 médecines alternatives. Les pourcentages de réponse dans l'enquête de 1991 était de 77%, et de 60% en 1997 malgré dans ce deuxième cas une incitation financière. L'enquête prenait en compte la prise en charge ou non par les compagnies d’assurances. Le recours aux médecines alternatives variait de 32 à 54 % dans les différents groupes socio-démographiques étudiés. Il était plus fréquent chez les femmes (48,9%) que chez les hommes (37,8%), et moins fréquent chez les noirs américains (33,1%) que dans les autres groupes ethniques (44,5). Ce recours aux médecines alternatives concernait surtout la tranche d’âge des 35-49 ans (50,1%) par rapport aux plus âgés (39,1%) et aux plus jeunes (41,8%). La population instruite et à hauts revenus était plus concernée (50,6%) que le reste de la population (36,4%).

 

Les auteurs ont noté une augmentation significative de 33,8% à 42,1% de l'utilisation de l'une au moins des 16 médecines alternatives entre 91 et 97. En ce qui concerne les médecines manuelles, en particulier, il n'y avait pas d'augmentation significative pendant cette même période.

 

 

2.2 - D'autre part, plusieurs études se sont attachées à évaluer l'utilisation des médecines alternatives dont les thérapeutiques manuelles, sur des patients suivis en rhumatologie et en orthopédie.

 

         2.2.1 - Une étude de FREEMAN en 1996 (12) s'est intéressée aux consultants d'Orthopédie aux USA. Un questionnaire d'enquête a été distribué à 114 nouveaux patients d'une clinique orthopédique dans un hôpital général : 109 réponses étaient suffisantes pour l'analyse. Il était demandé aux patients s'ils avaient fréquenté un ostéopathe, un chiropracteur, un acupuncteur, un physiothérapeute. Près d'un tiers des consultants externes en orthopédie interrogés utilisaient les thérapeutiques alternatives. Ces patients sont deux fois plus susceptibles de bénéficier de la chirurgie s'ils pratiquent les médecines alternatives que s'ils ne les pratiquent pas.

 

         2.2.2 - Une étude de Vecchio (30) en 1994 évalue à 40% l'utilisation de médecines alternatives dans une population de 314 personnes suivies en consultation de rhumatologie hospitalière.

 

         2.2.3 - Une étude de BOISSET et FITZCHARLES (2) en 94 observent une prévalence de 66% de l'utilisation courante des médecines alternatives dans un groupe tout venant de patients suivis en clinique de rhumatologie.

 

         2.2.4 - Il faut donc reconnaître l’intérêt que représentent les médecines alternatives pour les patients. Bien entendu, ce phénomène concerne avant tout les manipulations vertébrales. Elles rentrent dans le cadre des thérapeutiques manuelles au sens large, lesquelles sont utilisées depuis des siècles par des médecins et toutes sortes de thérapeutes.

 

2.3 - Perception de la chiropraxie par les patients : trois études publiées dans des revues de chiropraxie (16) font état des résultats suivants : 66 % d’entre eux se disent satisfaits des soins qu’ils ont reçus pour des lombalgies, contre 22% pour la médecine traditionnelle. Une autre étude réalisée en Utah en 1974 (23) fait état de résultats comparables. Les patients perçoivent la chiropraxie comme un composant valable du soin de leur santé. Ces résultats sont à interpréter en fonction de leurs sources (revues de chiropraxie).

 

2.4 - En 1987 DEYO (9) détermine que sur 1.500 lombalgiques 30% des patients consultent un ostéopathe et 17% un chiropracteur. Le médecin généraliste est consulté dans 58% des cas contre 37% pour l’orthopédiste et 2,5% pour le rhumatologue.

 

2.5 - En France, la conférence de consensus de l’ANAES du 13 novembre 1998 à propos des thérapies physiques dans les lombalgies reflète l'actualité du sujet. Le jury s'est déclaré frappé par l’extrême rareté de travaux validés tant en ce qui concerne la physiothérapie que la kinésithérapie. Il n’est nullement fait allusion aux manipulations vertébrales de façon directe dans ce rapport, mais le jury évoque « les mobilisations forcées comme technique de traitement en rééducation dans la lombalgie ».

 

2.6 - Les manipulations vertébrales sont bien souvent réclamées par les patients pour traiter leurs lombalgies. Le problème est de savoir si elles ont un intérêt dans l'arsenal thérapeutique médical, et, si oui, dans quelles indications.

 

Au travers de la littérature sur ce sujet on peut essayer de se faire une opinion grâce à une analyse critique des publications.

 

 

3. ETUDE CRITIQUE DES MANIPULATIONS VERTEBRALES

 

3.1. AU NIVEAU LOMBAIRE :

 

3.1.1 - Cherkin (6) a comparé, dans une population de 321 lombalgiques, 1 mois de traitement comprenant soit des MV, soit de la physiothérapie selon la méthode de Mackenzie (électrothérapie + une certaine gymnastique), soit la délivrance d'un fascicule éducatif. Les sciatiques étaient un critère d'exclusion. Les patients étaient suivis pendant deux ans. L'intensité des symptômes était mesurée sur une échelle de 11 points et le niveau des troubles fonctionnels sur une échelle d'incapacité de 24 degrés.

 

Selon cette étude publiée dans le "New England Journal of Medecine" en 1998, la physiothérapie et les manipulations vertébrales ont des effets comparables et des coûts similaires. L’avantage de ces 2 méthode de traitement est très marginal par rapport à celui obtenu par un simple opuscule éducatif.

 

L’extrapolation de cette étude est limitée par le recrutement de la population étudiée dans un seul centre de soins, la mise en oeuvre de formes spécifiques de manipulations vertébrales et de physiothérapie, le choix d'une durée de traitement sur un mois. L’auteur conclut « qu’étant donné les bénéfices limités et les coûts élevés, il semble exclu d'orienter tous les lombalgiques vers les manipulations vertébrales ou les thérapies type Mackenzie ». Il est apparu un surcoût de 280 $ pour la chiropraxie et la physiothérapie par rapport à l’opuscule.

 

Idéalement, il faudrait identifier des sous-groupes qui bénéficieraient davantage de l'un de ces traitements mais, au moment de l'étude, les auteurs étaient incapables d'identifier les facteurs prédictifs afin de préciser les indications.

 

3.1.2 - Parmi d'autres études rigoureuses comparant les manipulations vertébrales et la physiothérapie, une étude britannique (19 & 20) concluait en faveur des manipulations vertébrales alors qu'une étude suédoise (29) ne montrait pas de différence significative quant aux résultats et aux coûts. Aucune des deux études n'incluait un groupe témoin sans traitement.

 

3.1.3 - Une étude Allemande (17) concluait à l'équivalence des thérapies manuelles et de la physiothérapie et à la supériorité de ces deux méthodes sur les traitements classiques dans le cadre des lombalgies.

 

3.1.4 - C’est incontestablement la méta-analyse de Shekelle et coll. (26) en 1992 qui réévaluent l'utilisation et l'efficacité des manipulations vertébrales dans le traitement des lombalgies à travers une revue de la littérature des 20 dernières années. Parmi les 51 revues qui existent aux USA sur ce sujet, il a rassemblé une trentaine de références répondant à certains critères méthodologiques (tableau 1). Ils constatent que 94% des MV aux USA sont faites par des chiropracteurs. En conséquence, les informations recueillies proviennent presque exclusivement des seuls chiropracteurs. 5% de la population générale (32 et 7), subit des MV effectuées par 45.000 chiropracteurs pour un coût d’environ 2,4 milliards de dollars en 1998. 32 % et 45% des consultations sont motivées par des lombalgies. Le nombre de consultations varient de 5 à 18 par épisode douloureux. Les lombalgies étaient divisées en 3 groupes : aigües (moins de 3 semaines), sub-aigües (de 3 à 13 semaines) et chroniques (plus de 13 semaines).

 

Par rapport aux traitements conservateurs sans MV, certaines études ont constaté que les MV raccourcissaient la durée d’évolution des lombalgies aigües (tableau 2 et 3), mais ceci n’a pas été confirmé par d’autres études. De toutes façons, l’effet à long terme n’est pas connu, notamment en ce qui concerne la prévention des rechutes.

 

Pour les lombalgies chroniques (tableau 4), les résultats des études n’autorisent aucune conclusion. Il en est de même pour les lombo-sciatiques (tableau 5) mais en raison de la fréquence relative des complications, les auteurs considèrent comme prématurée la recommandation de MV dans ce cas en l’absence d’études ultérieures d’efficacité, correctement conduites.

 

Par ailleurs, on a démontré aucune efficacité des MV dans la réduction du volume de la hernie discale (30 et 7), même si certains patients s’estiment améliorés malgré l’absence de modification des images radiologiques. Les canaux lombaires étroits n'ont pas été soumis à des essais contrôlés d'efficacité des manipulations vertébrales. Aucune conclusion n’a pu être formulée après laminectomie ou en cas de spondylolisthésis.

 

Dans la plupart des publications (11,24,13) les MV étaient associées à diverses combinaisons thérapeutiques. Des recherches ultérieures sont nécessaires à partir d'études rigoureusement randomisées et contrôlées portant sur des groupes de patients cliniquement homogènes, recevant des traitements bien définis dont le résultat fonctionnel devrait être évalué par des méthodes rigoureuses.

 

3.1.5 - Les travaux de Kaptchuk (16) et Bigos (1) aboutissent à des conclusions similaires.

 

3.1.6 - Les dernières recommandations de la « bonne pratique médicale » aux USA proposent les MV dans certaines lombalgies aigues non compliquées (1). Si ces recommandations sont suivies, elles sont susceptibles d’augmenter le nombre de patients pris en charge par les chiropracteurs. Des inquiétudes sont apparues sur la bonne utilisation des MV dans le cadre des lombalgies.

 

Shekelle (28) a étudié le bien fondé des décisions des MV dans le traitement des lombalgies grâce aux données de dossiers fournis par 131 cabinets de chiropraxie sur 185 tirés au sort aux USA et au Canada. Dix dossiers pour chaque cabinet étaient tirés au sort, soit 1310 patients. 79% des dossiers étaient analysables pour la méthodologie retenue. Les soins étaient appropriés dans 46% des cas, incertains dans 25% et inappropriés dans 29% des cas. La pratique des MV jugées adéquates est comparable aux proportions établies pour les soins médicaux classiques. Ces résultats sont donc rassurants à propos des soins de chiropraxie. Le nombre des mauvaises indications des MV devrait diminuer.

 

Il semble qu’une telle étude pourrait être refaite en n’incluant pas uniquement des patients traités par des chiropracteurs pour éviter ce biais de recrutement.

 

3.1.7 - L’apparition récente de la chiropraxie en Suède a conduit une équipe médicale suédoise menée par Skargren (29) à comparer l’efficacité et les coûts de la chiropraxie par rapport à la physiothérapie dans les lombalgies et les cervicalgies. Les patients (323) sont d’abord examinés par un médecin généraliste et ensuite orientés par tirage au sort soit vers la chiropraxie, soit vers la physiothérapie. Les critères d’évaluation des résultats sont établis sur l’intensité de la douleur (EVA) et du questionnaire d’Oswestry. Les coûts directs et indirects sont également chiffrés. Cette étude bien menée avec une méthodologie rigoureuse ne met pas en évidence de différence significative entre la chiropraxie et la physiothérapie pour les items retenus. D’autres études antérieures (27 et 16) avaient montré la supériorité de la chiropraxie dans certaines indications et de la physiothérapie pour d’autres. Les indications fournies par cette étude sont cohérentes avec les rapports de consensus (1). Les patients présentant des pathologies aigües non compliquées semblent bénéficier davantage de la chiropraxie dans cette étude. La physiothérapie semble plus indiquée pour les patients dont la pathologie évolue depuis plus d’un mois. Le degré de satisfaction des patients sur les soins prodigués semble meilleur pour la chiropraxie. Mais, de toutes façons, ces résultats ne sont pas concluants et des études ultérieures sont nécessaires.

 

3.2. AU NIVEAU DU RACHIS CERVICAL :

 

3.2.1 - Schwartz (25) constate que les céphalées de tension sont très répandues, touchant plus du 1/3 de la population. Typiquement, les douleurs sont d’intensité légère à modérée, bilatérales, ressenties comme une pression ou une tension, non pulsatiles et les symptômes caractéristiques de la migraine (nausées, vomissement, photophobie et phonophobie) sont absents.

 

L’International Headache Society (IHS) distingue :

- les céphalées de tension épisodiques (moins de 15 céphalées par mois)

- les céphalées de tension chroniques (plus de 15 céphalées par mois)

 

Compte tenu de leur prévalence, ces céphalées de tension ont un impact socio-économique. Elles sont typiquement traitées par des antalgiques disponibles sans prescription médicale, mais cependant beaucoup de patients recourent aux thérapies manuelles.

 

3.2.2 - Plusieurs études non contrôlées ont suggéré qu’une combinaison de traitements physiques peut diminuer les symptômes des céphalées de tension. La seule étude randomisée et contrôlée, de Boline (3), utilisant les critères de l’IHS, montre qu’une combinaison de thérapies (manipulations, chaleur, massages, ponçage des points gachettes) a un effet thérapeutique supérieur à celui d’un traitement médical classique (antalgiques, anti-inflammatoires, myorelaxants).

 

Dans ces études, on ne sait pas si les effets sont dûs à un seul traitement ou à une combinaison des éléments du traitement. L’élément commun de ces études était la médecine manuelle dont l’étude de Nilsson (21) concluait à l’efficacité des manipulations vertébrales dans le traitement des céphalées de tension.

 

3.2.3 - L'étude de Bove (5) publiée en 1998 traite des manipulations vertébrales dans les céphalées de tension. Les critères de sélection étaient ceux de l'IHS. L'évaluation des résultats portait sur  le nombre d'heures de céphalées par jour, leur degré d’intensité, la consommation d'antalgiques par jour. Les résulats étaient évalués en simple aveugle. Les participants étaient répartis en 2 groupes : l’un recevant des massages et des manipulations, l’autre des massages et un traitement au laser placebo. Il n’y a pas eu de différence significative entre les 2 groupes pour aucun des critères mesurés avant et après traitement.

 

Cette étude n’est donc pas en faveur des manipulations vertébrales. Ses conclusions sont en contradiction avec celles d’une étude similaire antérieure (21) qui prouverait l’efficacité des manipulations vertébrales dans cette indication.

 

 

4 - Les complications

 

Au niveau cervical des complications sévères sont mentionnées dans la littérature.

 

4.1. - Une revue de la littérature mondiale de Ladermann (18) a recensé 135 cas de complications sérieuses, le plus souvent des accidents vertébro-basilaires dont 18 morts, publiés entre 1950 et 1980. La plupart des complications étaient liées à des manipulations cervicales par méconnaissance du diagnostic, trouble de coagulation, existence d'une hernie discale ou technique inadéquate.

 

La méconnaissance du diagnostic était à l’origine de 26 des 135 complications publiées. Pour la plupart, il s'agissait de tumeurs primitives ou de métastases méconnues. La complication la plus sévère était une paraplégie par hémorragie méningée chez un patient présentant des troubles de coagulation. On a rapporté des cas de :

         - insuffisance vertébro-basilaire

         - infarctus cerebelleux

         - syndrôme de Wallenberg

         - compression médullaire

         - fracture vertébrale

         - rupture de la trachée

         - paralysie diaphragmatique

         - hématome de la carotide interne

 

4.2. - Les effets secondaires sont fréquents mais ils sont bénins et passagers (23) : sur 4.712 traitements chez 1.058 patients, il y a eu 70% de réponses, 55% des patients ont eu des effets secondaires après six manipulations vertébrales : des contractures musculaires, des petites radiculalgies ou des fourmillements, des nausées. Ces effets secondaires apparaissent dans les quatre heures après la manipulation et dans 75% des cas disparaissent en 24H, sans aucune complication sévère.

 

4-3 - A l’étage lombaire, la survenue d’un syndrôme de la queue de cheval est la complication la plus grave. On en a rapporté 29 cas, essentiellement chez des patients souffrant de sciatique, 16 de ces patients avaient été manipulés sous narcose, technique actuellement abandonnée.

 

4.4 - En fait, le risque de complications est estimé à moins de 1 cas pour 100 millions de MV. Même si ce pourcentage est nettement sous-estimé, le taux de complications graves reste faible.

 

 

 

5 - CONCLUSION

 

Les thérapeutiques manuelles semblent trouver un écho favorable auprès des patients, mais rien ne permet, après cette étude, de dire si elles apportent un intérêt quantifiable pour la santé publique. Les travaux qui ont tenté d’apporter la preuve de leur efficacité sont contradictoires et guère convaincants. Cependant, les MV pourraient offrir un certain intérêt dans la pathologie aigüe lombaire ou cervicale par rapport aux autres thérapeutiques couramment utilisées. Des recherches ultérieures, scientifiquement valables, sont encore nécessaires pour établir l'efficacité réelle et les indications des MV. Il semble exister un certain engouement des patients pour les MV qui pourrait être en grande partie lié à la nature de leurs rapports avec le thérapeute. En effet, celui-ci semble avoir trouvé, en plus de sa disponibilité, un langage simple et accessible qui, associé au contact manuel direct, répond à la demande consciente ou inconsciente du patient. Quant à la médecine traditionnelle, il semble que, malheureusement, elle soit parfois un peu éloignée du patient par un recours excessif aux examens complémentaires aux dépens de l’écoute et de l’examen clinique. De plus, les médias ont sans doute contribué à accentuer la méfiance des patients vis à vis des médecins en général et des médicaments en particulier. On pourrait peut-être trouver là un sujet de réflexion pour tenter d’améliorer la qualité de la relation médecin-malade qui reste une priorité essentielle. Pour toutes ces raisons, et malgré l’absence de base scientifique établie, nombre de thérapeutiques manuelles, trop souvent pratiquées illégalement en France, occupent aujourd’hui une place de plus en plus importante alors qu’au contraire, elles devraient s’intégrer dans l’arsenal thérapeutique du médecin.

 

 

 

----------------------------

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

 

1. BIGOS S., BOWYER O., BRAEN B. et  Coll. - Clinical Practice Guideline N° 14 ; Acute Low Back Problems in Adults. Rockville, Md : US Dept of Health and Human Services, Agency for Care Policy and Research ;1994, AHCPR publication 95-0642.

 

2. BOISSET M., FITZCHARLES M.A. - Alternative medecines use by rheumatology patients in a universal health care setting. The Journal of Rheumatology, 1994; 21:148-152.

 

3. BOLINE P. D., KASSAK K., BRONFORT G. et Coll. - Spinal manipulation versus amytriptiline for the traitement of chronique tension-type headaches : Randomized clinical trial. Journal Manipulative Physiol. Ther. 1997; 20:326-330.

 

4. BOURGET P., BLOUIN Cl. B. - Histoire de la médecine depuis 1940. Presses de la Cité, 1983. Préface de J. BERNARD

 

5. BOVE G., NILSSON N. - Spinal manipulation in the treatment of episodic tension-type headache. JAMA 1998; 280:1576-1579.

 

6. CHERKIN D.C., DEYO R.A. - A comparison of physical therapies, chiropractic manipulations, and provision of an educationnal booklet for          the treament of patients with low back pain. The New Engl. J. Med., 8 oct. 98; vol. 339 N°15, 1021-1029.

 

7. CHRISTMAN D., MITNACHT  A., SNOOK GA. - A study of the results following rotatory manipulation in the lumbar intervertebral-disc          syndrom.

J.  Bone Joint Surg. 1964; 46:517-24.

 

8. DE THE G. et HUBERT A. - Mode de vie et cancer. Préface de J. DAUSSET.

 

9. DEYO R.A. - Descriptive Epidemiology of low back pain and its related medical care in the United States. Spine 1987; vol 12, N°3:267-268.

 

10. EISENBERG D. M . - Trends in alternative medecines use in the USA,

1990-1997. Results of  a follow-up.

 

11. FARRELL J.P., TWOMEY L.T. - Acute low back pain. Comparison of two conservative treatment approaches. Med J Aust. 1982; 1:160-4.

 

12. FREEMAN J.C., AINSCOW A.P. - Use of alternative therapy by orthopaedic outpatients. Journal of Orthopaedic Rheumatology, 1996; vol. 9:57-59.

 

13. GIBSON T., GRAHAME R., HARKNESS J., WOO P., BLAGRAVE P.HILLS R. - Controlled comparison of short-wave diathermy with osteopathic treatment in non specific low back pain. Lancet. 1985; 1:1258-1261.

 

14. KAHN M.F. - L’Actualité Rhumatologique présentée aux praticiens, in de SEZE S., RYCKWAERT A., WELFLING J., KAHN M.F., Expansion scientifique Française éd.1966 : 217-20.

        

15. KANE RL., OLSEN D., LEYMASTER C, WOOLLEY FR., FISHER FK. - Manipulating the patient ; a comparison of the effectiveness of physician and chiropractor care. Lancet . 1974; 1:1333-1336.

 

16. KAPTCHUK T.J, EISENBERG.D. - Chiropractic. Origins, Controversies and Contributions. Arch. Intern. Med. Vol. 158. Nov 9 1998:2215-24.

 

17. KOES B.W., BOUTER L.M., VAN MAMEREN H. et Coll. - The effectiveness of manual therapy, physiotherapy, and treatment by the general practitionner for non specific back and neck complaints : a randomized clinical trial. Spine, 1992;17:28-35.

 

18. LADERMANN J.P. - Accidents of spinal manipulations. Annals of the Swiss Chiropractors’ Association . 1981; 7:161-208.

 

19 . MEADE T.W., DYER S., BROWNE W. et Coll. - Low back pain of mechanical origin : randomized comparison of chiropractic and hospital out patient treatment. BMJ, 1995; 311:349-51.

 

20. MEADE T.W., DYER S., BROWNE W. et Coll. - Randomized comparison of chiropractric and hospital outpatient management for low back pain : results from extended follow up. BMJ, 1995; 311:349-51.

 

21. NILSSON N., CHRISTENSEN H.W., HARTVIGSEN J. - The effect of spinal manipulation in the treatment of cervicogenic headache. J. Manipulative Physiol. Ther. 1997; 20:326-330.

 

22. POSTACCINI F., FACCHINI M., PALIERI P. - Efficacy of varius forms of conservative treatment in low back pain : a comparative study. Neuroorthopedics, 1988; 6:28-35.

 

23 . POWER F.C., HANIGAN W.C., OLIVERO W. - A risk/benefit analysis of spinal manipulation for relief or lumbar or cervical pain. Neurochirugie 1993; 33:73-78.

 

24. RASMUSSEN G.G. - Manipulation in the treatment of low back pain - A randomized clinical trial. Manual Medecine. 1979; 1:8-10.

 

25. SCHWARTZ B.S., STEWART W.F., SIMON D. et Coll. - Epidemiology of tension type headache JAMA 9 ; 279:381-3

 

26. SHEKELLE P.G., ADAMS A.H., CHASSIN M.R. et Coll. - Spinal manipulation for low back pain . Ann. of Internal Medecine, 1992; 117:5908.

 

27. SHEKELLE P.G., BROOKE R.H. - A community-based study of the use of chiropractic services. Ann. J. Public Health. 1991; 81:439-42.

 

28. SHEKELLE P.G., COULTER I., HURWITZ E.L. - Congruence between decisions to initiate chiropractic spinal manipulation for low back pain and appropriateness criteria in North America. Ann. Intern. Med.1998;129:9-17.

 

29. SKARGREN E.I., ÖBERG B., CARLSSON P.G. - Cost and effectivness analysis of chiropractic and physiotherapy treatment for low back pain and neck pain : six months follow up. Spine, 1997; Vol : 22, N°18:2167-2177.

 

30. VECCHIO Ph. C. - Attitudes to alternative medecines  by rheumatology out patients attenders. The Journal of Rheumatology 1994; 21:1,145-147.

 

31.VON KUSTER T. Jr. - Chiropractic Health Care : A National Study of Cost of Education, Service, Utilization, Number of Practicing Doctors of Chiropractic and Other Key Policy Issues. Washington, DC.The Foundation for the Advancement of Chiropractic Tenets and Science ; 1980.

 

32. WILSON J.N., ILFELD F.W. - Manipulation of the herniated disc. Ann. J. Surg. 1952; 83:173-5.